Il est moins fâcheux de voir posséder par un mari la personne qu'on aime que de la voir seulement aimée par un rival. Un mari qui n'est point aimé ne le sera jamais ; mais un amant haï peut cesser de l'être et se faire aimer quelque jour.
L'usage le plus ordinaire du monde est de recevoir une déclaration d'amour comme une simple civilité, et de tâcher de détourner la chose comme une galanterie dite sans dessein ; mais celles qui en usent ainsi veulent peut-être qu'on leur redise une seconde fois ce qu'elles font semblant de ne vouloir pas croire la première.
La crainte, la raison, le devoir et l'honneur sont muets quand l'amour parle.
Le souvenir d'un bien que l'on n'a plus est un mal, et quand on se souvient de sa perte, on le perd encore une fois.
Il y a peu de femmes qui n'aient la faiblesse de souhaiter d'être aimées de plus de gens qu'elles n'en veulent aimer.
Quand on a des rivaux, le plus grand secret pour leur nuire, c'est d'être plus amoureux et plus aimables qu'ils ne le sont eux-mêmes.
La pitié dispose le cœur à une autre passion ; elle le conduit imperceptiblement de la compassion à l'amitié, et de l'amitié à l'amour, par une pente nécessaire où l'âme ne se peut retenir, et où elle s'abandonne avec joie, au milieu même de la douleur.
Rien ne contribue tant à augmenter une nouvelle passion que les louanges que l'on entend donner à celle qui la cause.
La nouveauté a de si grands charmes en amour, qu'il n'y a guère de cœurs qui lui puissent résister. Ce qui est beau et nouveau est doublement beau, comment ne serait-il pas doublement aimable ?
Une femme est souvent moins en peine de se défendre que de la manière de se rendre ; et le nombre des maladroits excède de beaucoup celui des beautés inhumaines.
L'amour est un enfant qui veut être amusé. Quand il rit de bon cœur il est toujours aimable, mais s'il vient à pleurer il est insupportable.
On n'aime que pour être aimé, dès qu'on en perd l'espérance, l'amour s'en va. Si l'amour vit d'espoir, il périt avec lui.
En amour, le cœur est toujours superbe ; il estime ce qui lui résiste, et se pique de vaincre ce qu'un autre n'a pas vaincu.
Il n'y a rien de plus dangereux à voir qu'une jolie femme affligée ; la pitié fait très souvent naître l'amour.
Si les amants osent peu, ils aiment peu, disons-nous. Ce qui les fait toujours craindre et toujours trembler, nous semble, en effet, plutôt une marque de la faiblesse de leur tempérament que de leur amour.
L'amour n'a recours à l'amitié que lorsqu'il craint ou désire : quand il est heureux, il se suffit à lui-même.
Les amoureux ne s'ennuient jamais de parler d'une même chose, pourvu que l'intérêt de la personne qu'ils aiment s'y trouve mêlé.
Les amants servent plus volontiers leurs amis amoureux que les autres.
La fin de toute cause est toujours suivie de celle de son effet.
Quand l'amour ne rend pas muet, il donne de la vivacité, et embellit tout ce qu'on dit.
L'homme n'est constant qu'à la fin de ses jours.
Les vieillards tiennent plus fortement à leurs projets que les jeunes gens, soit que leur imagination soit trop lente pour leur en créer de nouveaux, soit que l'âge rende obstiné.
Rien n'est moins rare chez les femmes que le passage rapide d'un sentiment à l'autre, les variations les plus étranges se succèdent dans leur cœur avec une extrême mobilité, quand la vanité et l'orgueil y dominent.
La pudeur n'étouffe point l'amour, elle ne sert qu'à le cacher, mais plus elle le déguise, plus elle livre le cœur aux sensations les plus tendres et les plus passionnées.
Une femme accomplie est un don du ciel que rien dans l'univers ne peut égaler.
Que de femmes ne connaissent la pitié pour un amour trahi que lorsqu'elles éprouvent elles-mêmes les horreurs de la perfidie !
On ne fait pas retomber la peine du coupable sur l'innocent.
On consent volontiers à partager la gloire de celui qui s'élève, mais on s'isole froidement et sans effort de celui qui se déshonore ; quelquefois même, il n'en faut pas tant pour rester sans parents, le malheur seul suffit pour rompre les liens du sang.
L'inconstance n'a jamais habité avec le bonheur !
Si dans tous les temps l'espérance accroît les jouissances, elle est particulièrement la divinité de la jeunesse qui ne vit que sous son continuel enchantement.
Les passions ont l'art de prendre différentes formes pour s'introduire dans le cœur.
À la Cour la faveur donne souvent plus d'éclat que le mérite et la gloire.
Les plaisirs, pour être goûtés dans leur perfection, ont besoin de la présence continuelle de l'objet où nous les plaçons, l'amour seul en donne souvent de plus vifs par l'exaltation de l'imagination.
La fortune et le pouvoir ne sont des biens désirables que par les plaisirs et les jouissances qui y sont attachés.
Une noblesse qui nous est transmise par nos pères est un bien inestimable : les richesses peuvent se dissiper ; il ne faut qu'un héritier prodigue pour plonger dans l'infortune la famille la plus opulente, tandis que celui même qui s'est écarté des principes de ses ancêtres ne peut enlever à ses descendants l'héritage sacré qu'il tient de ses pères : c'est une récompense impérissable, éternelle.
L'inquiétude réveille l'amour ; en piquant le cœur elle redouble ses désirs ; et tant que l'on ne possède point un bien, on fait tout ce qu'on peut pour le posséder. On se le figure même plus grand, avant de l'avoir obtenu, qu'on ne le trouve, quand on l'obtient ; et souvent ce qui nous trompe agréablement, tire sa plus grande gloire de notre erreur, et n'est rien moins que ce que nous l'avions cru.
Depuis que l'amour fait des heureux et des misérables, on n'a jamais pu se passer de confidents. On a tort, car dans une véritable passion, il ne faut point de tierce personne.