Les 86 pensées et citations de Sylvain Maréchal :
Quand on aime, les yeux sont sujets au papillotage.
De la précaution, les amants n'en connaissent que le nom.
Un mari insipide, même insociable, vaut mieux qu'un amant insolent.
II y a des femmes assez maladroites pour confondre les grimaces avec les grâces.
Les femmes ne doivent donner que ce qu'on leur dérobe.
Toute la nature est morte aux yeux de l'homme insensible : les trois belles saisons pour lui se renouvellent en vain, l'hiver est toujours dans son cœur. Son oreille n'est pas plus émue du rythme poétique que de la marche uniforme et lourde de la prose rampante. L'amour pour lui n'est pas un sentiment actif ; son âme, purement passive, aime sans désirs, jouit sans transports. C'est une tâche qui lui pèse, et dont il souhaiterait pouvoir s'exempter. Une femme n'est pour lui qu'une femme.
Si la perspective des amants n'était pas une chimère, ils seraient trop heureux.
Les oiseaux, il en existe une espèce bien curieuse ; ils ne sont jamais plus beaux que quand ils n'ont pas encore d'ailes. Ils se nourrissent de baisers, et font leur nid sur des lèvres de rose ; ils aiment beaucoup à être caressés : le plaisir seul peut les apprivoiser. S'ils s'aperçoivent qu'on les néglige, ils tombent en langueur, il y a même à craindre pour leur vie. À mesure que leur plumage croît, il faut avoir grand soin de le couper, ou les mettre en cage : l'ingratitude ou la légèreté est leur défaut. Leur ramage est plus séduisant que celui du rossignol, mais il en coûte cher à qui l'écoute trop longtemps. Ces oiseaux sont en grand nombre en ce monde, il y en a de plusieurs sortes : les uns ont la morsure du serpent ; les autres le fiel de la vipère ; ceux-ci, la serre de l'épervier : quelques-uns ont la candeur de la tourterelle, ce sont les plus fidèles et les plus rares. Mais hélas ! de tels hommes on n'en trouve plus de nos jours.
L'amour n'est jamais plus armé que quand il est nu.
La robe d'un notaire est pour les amours ce que sont pour les oiseaux ces épouvantails de haillons noirs ou rouges, placés de distance en distance au milieu des champs couverts de fruits mûrs, ou de grains prêts à être récoltés.
La nonchalance est un agrément que quelques femmes croient se donner.
Un mot en amour, souvent, est plus que la chose.
On a toujours trop de loisir pour aimer.
Si voulez-vous faire observer des limites à l'amour, ne lui en prescrivez point.
Pour prix de la liberté que les femmes nous ont ravie, elles nous laissent prendre quelques libertés.
La jalousie est une proche parente de l'amour.
Jadis est un adverbe aussi fréquemment employé par les vieillards, qu'il l'est peu par les femmes.
Les inconséquences du cœur tirent toujours à conséquence.
L'impossibilité n'est qu'un mot pour l'amour.
Vieillards, ne croyez pas qu'une jeune fille puisse, ainsi que l'hirondelle, vous ramener le printemps.
Le plus grand grief en amour est de n'en pas avoir.
L'amour donne du génie, ou y supplée.
Le cœur peut très bien tenir lieu de l'esprit, mais l'esprit ne tient pas toujours lieu du cœur.
Il n'est rien qui n'enlaidit plus une femme que de ne plus l'aimer.
II faut aimer et être aimé pour connaitre l'usage et sentir toute l'énergie de l'adverbe « encore » prononcé et répété avec exclamation pendant les instants les plus heureux et les plus courts de la vie !
Il n'est qu'une seule éloquence, celle du cœur, et elle s'apprend sans rhéteur.
L'amour est, pour ainsi dire, une électricité morale et physique tout à la fois, le courant passe ou ne passe pas.
On pardonne rarement un désistement injustifié de dernière minute.
II est aussi aisé de déplaire quand on n'est pas aimé qu'il est aisé de plaire quand on est aimé.
Dans les affaires de cœur, délibérer et choisir, ne sont qu'une seule et même chose.