2 - Ce dictionnaire vous propose 91 citations et pensées d'Antoine Albalat :
L'amour n'est qu'une bulle de savon, un échange de deux fantaisies, qui ne dure qu'une nuit.
Une vie de sacrifices, ouverte au grand jour où chacun peut lire, ne désarme pas l'imbécile calomnie, les mensonges grotesques et les lâches propos de ceux qui ne savent pas.
L'erreur du fichard c'est de s'imaginer qu'on est un savant dès qu'on a constitué un répertoire. La science puisée aux livres, ce n'est pas dans une boîte à fiches qu'il importe de la transférer, mais dans sa tête.
Avoir du talent, c'est comprendre que l'on peut faire mieux, et avoir les moyens intellectuels de réaliser la perfection que l'on rêve. Les vrais artistes ne se rebutent pas ; c'est cette persévérance qui constitue la pierre de touche du style.
Les yeux aussi entendent les sons. De même que le musicien entend l'orchestre en parcourant une partition, il suffit de lire une phrase pour en goûter la cadence.
Il ne faut surtout pas s'aveugler sur soi-même, car il arrive que ce que nous aimons le mieux en nous, ce sont nos défauts.
Ce qui sauve une œuvre et l'immortalise, c'est le style.
Jamais l'art d'écrire n'a été si facile pour la médiocrité ; jamais le vrai talent ne fut plus rare.
Le vrai style n'est pas celui qu'on apprend par le travail, c'est un don de facilité. Le vrai style n'a ni procédés ni rhétorique. C'est l'expression de la pensée à l'état spontané et inconscient. Rhétorique, mécanisme, règles, labeur, parti pris ne servent qu'à faire du style faux, du style artificiel.
L'important, quand on imite, est de ne pas copier son modèle, mais de le mettre en valeur.
Le meilleur moyen de paraître profond est d'être à peu près inintelligible.
Apprendre, c'est s'accroître ; apprendre, c'est agrandir sa vie.
L'ignorance juge tout et règne partout : le monde intellectuel est devenu la proie de l'incompétence.
L'imagination est une folle, il faut la guider, la tenir, s'en servir comme d'un instrument, mais non l'employer pour elle-même, en faisant d'elle le but de l'inspiration et de l'art d'écrire.
Écrire est une affaire d'inspiration : on n'enseigne pas à avoir de l'inspiration.
La lecture nourrit l'âme, comme le pain nourrit le corps.
La lecture est la plus noble des passions, elle enseigne l'art d'écrire, comme elle enseigne la grammaire et l'orthographe.
La sensibilité, au point de vue littéraire, n'est que l'art de se rendre ému par l'imagination.
Apprendre à bien écrire, c'est aussi apprendre à juger les bons écrivains.
En littérature, peu de gens sont capables de juger leurs propres ouvrages. Qu'on se loue ou qu'on se critique, on se trompe presque toujours : ou on est indulgent ou on est injuste.
Tenir une conférence est à la portée de tous : on n'a même pas besoin d'être orateur, il suffit de savoir lire.
Tout le monde n'est pas destiné à devenir l'idole des dames.
Le grand vice de l'article de journal est sa rapidité : on le fait toujours trop long, parce qu'on n'a pas le temps de le faire plus court. Que de choses pourraient être dites en moins de mots !
Un savoir-faire général tend à démarquer les vocations, et personne n'a plus de talent, depuis que tout le monde en a trop.
À force de vouloir écrire, on finit par ne plus savoir écrire.
Écrire est une noble ambition, mais pour écrire il faut avoir du talent.
L'inspiration est la sœur du travail journalier.
Le roman est devenu un commerce comme celui de la betterave ou de la pomme de terre. Les Revues payent le manuscrit, l'éditeur lance le volume, il se vend, et on recommence. L'écrivain ne travaille que pour l'argent.
Le roman pullule, comme l'herbe pousse, comme le blé mûrit. Le roman a tout envahi : on fait des romans avec n'importe quoi, sur n'importe quoi. Non seulement on est en train de tuer le roman, mais on le déshonore.
Aujourd'hui, on ne travaille plus pour réaliser une œuvre, mais pour gagner de l'argent.
Dans un pays où il y a des malheureux, des familles nombreuses écrasées de charges, des malades, des infirmes, c'est un gros péché d'aller pécuniairement encourager la nullité, le non-talent, le temps perdu.
Si la Critique n'est plus capable aujourd'hui de créer le succès, elle peut encore l'arrêter.
La lecture est la grande créatrice des vocations littéraires : On lit et, à force de lire, l'envie vous prend aussi d'écrire.
La littérature doit être une canne à la main, jamais une béquille.
Dans toute décision, l'avenir seul dira si l'on a eu tort ou raison.
Un quart d'heure de recommandation vaut dix années de travail.
Un bon avocat eût pu être un bon médecin ; un mauvais littérateur ne fera jamais un bon avoué.
Écrire, c'est le plaisir de vivre avec une pensée, de la mûrir, de la vêtir, de la faire forte et belle.
La règle, pour bien écrire et soigner son style, c'est qu'il faut laisser refroidir son premier jet, jusqu'à ce que le texte vous en redevienne étranger. On reprend ensuite ses phrases ; on rature, on biffe, on allège, on résume, essaye de concentrer sa pensée dans le moins de mots possible. La page est-elle noire, recopiez-la, c'est essentiel. Une fois recopiée, elle vous paraîtra tout autre.
La verve peut inspirer ; le travail seul solidifie.
Le naturel, c'est l'art passé à l'état d'habitude.
On est beaucoup plus capable de tout dire que de tout bien dire.
Être aimé de beaucoup de femmes ne signifie pas qu'on soit capable de beaucoup d'amour.
La perfection ne s'obtient que par la retouche et par la refonte.
Rien de ce qui se fait bien ne se fait vite.
L'étude des manuscrits est le meilleur cours de littérature, parce qu'ils contiennent à la fois la leçon et l'exemple.
L'art de bien parler n'est pas autre chose que l'art de bien écrire.
Rien n'est plus vain que de s'irriter contre les opinions qui ne sont pas les vôtres.
Le croyant peut s'alarmer ; le sceptique a le devoir de comprendre.
La première condition de l'art, c'est d'être moral
Tant qu'on les aime les défauts n'existent pas, mais quand l'amour s'en va les défauts restent.
Aimer la littérature, cela ne consiste pas à être au courant de l'actualité et à lire des romans ; aimer la littérature, c'est se passionner pour les grands classiques, pour Montesquieu, Rousseau, Bossuet, Montaigne et tous les grands écrivains, en dehors de toute préoccupation d'écoles.
Pour faire de la bonne critique littéraire, il faut d'abord aimer la littérature, et ce n'est pas un mince mérite.
Les personnes les plus incompétentes sont quelquefois les plus affirmatives. Les ignorants ne doutent jamais d'eux-mêmes.
Les ignorants ne doutent jamais d'eux-mêmes.
Ceux qui font de la philosophie de l'histoire ont toujours tort, parce qu'ils ont toujours raison.
Rien n'est plus facile que de paraître érudit.
On perd tout crédit à vouloir trop éblouir.
Le travail vaut souvent l'inspiration.
Il n'est personne qui ne soit capable d'écrire un peu moins mal en se corrigeant.
Le talent n'est qu'une aptitude qui se développe : on peut en acquérir deux ou trois fois plus qu'on en a.
Les écrivains qui écrivent bien et ne se vendent pas méprisent ceux qui se vendent bien et écrivent mal.
Il faut écrire comme on parle, à condition que l'on parle bien.
Bien écrire, c'est tout à la fois bien penser, bien sentir et bien rendre.
Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu.
Ecrire est une noble ambition, mais pour bien écrire, il faut avoir du talent.
La lecture est la base de l'art d'écrire.
Ne rien livrer au hasard, c'est économiser du travail.
On n'écoute volontiers que ce qui est bien raconté.
Le don d'écrire, c'est-à-dire la facilité d'exprimer ce que l'on sent, est une faculté aussi naturelle à l'homme que le don de parler.
Mieux vaut être rocailleux et dissonant que fade et banal.
L'orgueil et la paresse sont les deux sources de tous les vices.
Ce monde est si corrompu qu'une vie strictement honnête paraît à beaucoup une monstruosité.
Les hommes qui bavent sur une femme se divisent en plusieurs catégories : les éconduits ; les dédaignés, qui mendient du regard, qui se déclarent à demi, qu'on tient à distance ; les inaperçus, qui font la roue, qui pistent une femme, se démènent, la suivent, saluent inutilement et aboutissent à n'être pas remarqués ; les dépités, qui se vengent de n'avoir pas une femme, en affirmant que d'autres l'ont eue ; ceux qui pensent que lorsqu'on a un amant on en a dix, sans se douter qu'en général, on n'en a plusieurs que parce que le premier vous a lâchée ; ceux qui, n'ayant eu que les femmes de tout le monde, sont bien aises de vous croire trompé ; ceux qui s'imaginent de bonne foi qu'on ne peut gagner sa vie sans se faire entretenir ; les imbéciles qui répètent une calomnie pour le plaisir de la répéter ; enfin les incompétents, ceux qui n'entendent rien à l'amour, ceux qui nient l'estime entre amants et qui poussent la bégueulerie prudhommesque jusqu'à appeler la maîtresse une concubine.
Il y a des vérités qu'on ne vous pardonnera jamais d'avoir dites.
Le cancan, dans les petites villes, c'est la vie même, l'unique consolation de ces existences figées. Et jusqu'où l'on y pousse le flair du scandale, la recherche des découvertes véreuses ! C'est à croire les toits translucides ou enlevés par le diable. On y vit portes ouvertes. La rage d'indiscrétions, le bavardage à outrance est une maladie du sol, comme les fièvres de la campagne romaine. Ne pas s'occuper d'autrui est aussi impossible à certaines gens qu'au poisson de vivre hors de l'eau.
Croire un mensonge à force de l'entendre, je signale ce fait aux admirateurs de bêtise humaine !
Nombreux sont ceux qui s'imaginent connaître la vie, ces ratatinés qui ne sont jamais sortis de leur trou natal, ces enfouis qui jugent l'amour du fond de leurs vieux bourgs, ces empaillés qui n'ont pas une lueur, pas un rayonnement dans l'âme, rien qui puisse leur donner la clef des grands caractères ni même leur faire supposer qu'ils existent. Le malheur, c'est qu'on trouve toujours, pour les croire, des naïfs et des écouteurs, qui, n'ayant pas assez d'idées pour juger celles d'autrui, prennent l'aplomb pour de l'expérience et les affirmations pour des preuves. Ceux-là, naturellement, faisaient chorus.
L'exception ! C'est si rare, c'est si peu de chose, une exception. On la néglige, on ne la compte pas, comme si elle n'était pas un côté de la vérité, le plus digne de recherche, étant le plus difficile à découvrir.
Le luxe et le superflu sont peu de chose pour moi, je dédaigne ces matérialités si indispensables à tant d'autres.
Du printemps en fleur les premières brises passent dans la plaine et sur les coteaux, nous verrons encor mûrir les cerises, pour les amoureux et pour les oiseaux.
La souffrance est la pierre de touche de l'amour.
En amour, il y en a toujours un qui aime plus et l'autre qui aime moins ; celui qui aime le moins est toujours celui qui est le plus aimé.
Une femme maîtresse d'elle-même, qui pèse ses chances de plaisir, qui en prévoit les ennuis, recule tout en avançant.
L'attrait de la nouveauté, le besoin de changement, autant de choses inhérentes à la jeunesse !
Les plus beaux rêves, que nous apportent-ils ? Le réveil, c'est-à-dire l'amertume et la douleur.
Il en faut peu pour flétrir la réputation d'une honnête femme, juste un mensonge bien lancé.
Le mariage, parfois, se réduit à quelques relations d'épiderme.
Je préfère un peintre de talent, même inconnu, à un imbécile à la mode qui sait conduire un cotillon.
Les amants portent un monde en eux ; leurs rêveries ont des étrangetés et des raffinements délectables. L'amour est comme le somnambulisme il aiguise et grossit les sensations ; exalte et élève les natures vulgaires ; il nous met au cœur des poèmes qui, décrits, seraient sublimes. Mais qui peut sonder la profondeur d'une méditation d'amour ?
Tout homme qui aime a des heures de réflexion ou il replie sa pensée, où il a besoin, impérieusement besoin d'être seul, pour se ressaisir et se résoudre.
Biographie courte : Critique littéraire, romancier et écrivain français né le 13 février 1856 à Brignoles dans le Var, Antoine Albalat est décédé le 22 septembre 1935 à Paris. Attaché longtemps au Journal des Débats comme secrétaire de la direction, puis rédacteur du feuilleton littéraire, Albalat fut l'ami du poète et romancier