2 - Ce dictionnaire vous propose 134 citations et pensées d'Arthur Schopenhauer :
Les pierres précieuses sont de vente facile tant qu'elles ne représentent pas une valeur hors ligne. De même les petits talents trouvent toujours de l'emploi ; tandis que les autres manquent de connaisseurs, et, partant, d'acheteurs.
Dans les basses classes nous voyons la misère patiemment supportée, dans la haute Société un combat désespéré contre l'ennui.
Nous ne connaissons point de bien-être complet, parce que nous ne savons l'apprécier que lorsqu'il nous a quittés.
Quand je n'ai pas de quoi m'inquiéter, je m'inquiète de cette tranquillité, car il me semble alors qu'elle n'est qu'un court répit.
La Vérité prime la Morale.
La Justice porte une robe de bure, l'amour de l'humanité est un jeûne perpétuel.
Puisque chaque bonheur est fugace, il faut renoncer à tout enchantement, si l'on préfère une confortable quiétude à des agitations perpétuelles.
L'homme de génie a des faiblesses parmi lesquelles l'ambition est une des moins saillantes.
Pleurer, s'est bien souvent s'apitoyer sur soi-même.
Génie et Folie ont cela de commun qu'ils fuient le monde réel pour habiter des sphères remplies de fantômes.
Qu'une mélancolie hautaine et sereine s'empare de nous, celle qui, s'appuyant sur la certitude que tout est vain et fragile, dissipe le tumulte de nos idées, nous éloigne des mirages, et nous débarrasse d'espérances illusoires et de désirs trompeurs !
L'homme de génie est un grand enfant ; le monde lui apparait sous des couleurs étranges, et il ne le regarde qu'avec une curiosité mêlée de stupéfaction.
L'homme qui ne connait pas la pitié vit en dehors de l'humanité.
Les souhaits toujours déçus, les vains efforts, les espérances que le sort foule impitoyablement aux pieds, les funestes erreurs de la vie entière, avec les souffrances qui s'accumulent et la mort au dernier acte, voilà la vie de la plupart des hommes.
Travail, tourment, peine et misère, tel est durant la vie entière le lot de presque tous les hommes. Il faut à chacun une certaine quantité de soucis, ou de douleurs, ou de misère, comme il faut du lest au navire pour tenir d'aplomb et marcher droit.
La rapidité du temps nous presse et ne nous laisse pas prendre haleine, il se tient derrière chacun de nous comme un garde-chiourme avec le fouet.
Semblables aux agneaux qui jouent dans la prairie, pendant que, du regard, le boucher fait son choix au milieu du troupeau, nous ne savons pas, dans nos jours heureux, quel désastre le destin nous prépare précisément à cette heure : Maladie, persécution, ruine, mutilation, cécité, folie, etc. ?
Le sommeil est pour l'ensemble de l'homme ce que le remontage est à la pendule.
Chaque matin est une petite jeunesse, chaque coucher avec sa nuit de sommeil une petite mort.
Tout imbécile a de la raison ; donnez-lui les prémisses, il tirera la conséquence.
Quand on veut vivre parmi les hommes, il faut laisser chacun exister et l'accepter avec l'individualité, quelle quelle soit, qui lui a été départie.
Personne ne peut sortir de son individualité.
La vue de tout animal me réjouit aussitôt et m'épanouit le cœur ; surtout la vue des chiens et des chats, et puis de tous les animaux en liberté, des oiseaux, des insectes, etc.
L'homme vain devrait savoir que la haute opinion des autres, objet de ses efforts, s'obtient beaucoup plus aisément par un silence continu que par la parole, quand même on aurait les plus belles choses à dire.
La différence entre la vanité et l'orgueil, c'est que l'orgueil est une conviction bien arrêtée de notre supériorité en toutes choses ; la vanité au contraire est le désir d'éveiller chez les autres cette persuasion avec une secrète espérance de se laisser à la longue convaincre soi-même.
S'il n'y avait pas de chiens, je n'aimerais pas à vivre.
Le chien, un des amis de l'homme, a un privilège sur tous les autres animaux, un trait qui le caractérise, c'est ce mouvement de queue si bienveillant, si expressif et si profondément honnête.
Être prodigue de la politesse, c'est faire preuve de bon sens et d'une bonne éducation.
Être économe de la politesse, c'est un manque d'esprit et un manque de savoir-vivre.
L'homme est au fond une bête sauvage, une bête féroce. Nous ne le connaissons que dompté, apprivoisé en cet état qui s'appelle civilisation : aussi reculons-nous d'effroi devant les explosions accidentelles de sa nature. Que les verrous et les chaînes de l'ordre légal tombent n'importe comment, que l'anarchie éclate, c'est alors qu'on voit ce qu'est l'homme.
Non content des soucis, des afflictions et des embarras que lui impose le monde réel, l'esprit humain se crée encore un monde imaginaire sous forme de mille superstitions diverses. Celles-ci l'occupent, il y consacre le meilleur de son temps et de ses forces, dès que le monde réel lui accorde un repos qu'il n'est pas capable de goûter.
La prétendue absence de droits des animaux, le préjugé que notre conduite envers eux n'a pas d'importance morale, qu'il n'y a pas comme on dit de devoirs envers les bêtes, c'est là justement une grossièreté révoltante, une barbarie sans nom. Prenez soin de vos animaux.
Une pitié sans bornes pour tous les êtres vivants, c'est le gage le plus ferme et le plus sûr de la conduite morale, et cela n'exige aucune casuistique. On peut être assuré que celui qui en est rempli ne blessera personne, n'empiétera sur les droits de personne, ne fera de mal à personne.
Si l'on a considéré la perversité humaine et que l'on soit prêt à s'en indigner, il faut aussitôt jeter ses regards sur la détresse de l'existence humaine, et réciproquement si la misère vous effraie, considérez la perversité : alors on trouvera que l'une et l'autre se font équilibre, et l'on reconnaitra la justice éternelle ; on verra que le monde lui-même est le jugement du monde.
La seule pitié est le principe réel de toute libre justice et de toute vraie charité.
Sans principes fermes, les instincts antimoraux, une fois mis en mouvement par les impressions du dehors, nous domineraient impérieusement. Tenir ferme à ses principes, les suivre en dépit des motifs opposés qui nous sollicitent, c'est ce que l'on appelle se posséder soi-même.
Pour peindre d'un trait l'énormité de l'égoïsme dans une hyperbole saisissante, je me suis arrêté à celle-ci : « Bien des gens seraient capables de tuer un homme pour prendre la graisse du mort, et en frotter leurs bottes. » Je n'ai qu'un scrupule, est-ce bien là une hyperbole ?
L'amour ne se contente pas d'un sentiment réciproque, il exige la possession même, l'essentiel, c'est- à-dire la jouissance physique. La certitude d'être aimé ne saurait consoler de la privation de celle qu'on aime ; et en pareil cas, plus d'un amant s'est brûlé la cervelle.
Tout pour moi, rien pour les autres, c'est la devise de l'égoïste.
La pitié, seul fondement de la morale, nait du sentiment de l'identité de tous les hommes et de tous les êtres, et doit s'étendre aux animaux.
L'ascétisme s'élève jusqu'au renoncement volontaire, jusqu'à la chasteté absolue, jusqu'à la négation du vouloir vivre. L'art n'est qu'une délivrance passagère, l'ascétisme, c'est la libération définitive ; il procure la paix durable. Accord entre les ascètes de toutes les religions et de tous les temps.
La méchanceté, qui veut le mal d'autrui, elle va jusqu'à l'extrême cruauté.
La pitié, qui veut le bien d'autrui, elle va jusqu'à la générosité, la grandeur d'âme.
L'égoïste veut autant que possible jouir de tout, posséder tout, mais tout seul.
Nul ne saurait prescrire au poète d'être noble, élevé, moral, pieux et chrétien, d'être ou de n'être pas ceci ou cela, car il est le miroir de l'humanité et lui présente l'image claire et fidèle de ce qu'elle ressent.
Le but de toute haute poésie est la représentation de la nature humaine, la douleur sans nom, les tourments des hommes, le triomphe de la méchanceté, la domination ironique du hasard l'irrémédiable chute du juste et de l'innocent, c'est là un signe remarquable de la constitution du monde et de l'existence.
Lorsque j'entends de la musique, mon imagination joue souvent avec cette pensée que la vie de tous les hommes et ma propre vie ne sont que des songes d'un esprit éternel, bons et mauvais songes, dont chaque mort est un réveil.
Après avoir longtemps médité sur l'essence de la musique, je vous recommande la jouissance de cet art comme la plus exquise de toutes. Il n'en est pas qui agisse plus directement, plus profondément, parce qu'il n'en est pas qui révèle plus directement et plus profondément la véritable nature du monde. Écouter de grandes et belles harmonies, c'est comme un bain de l'esprit : cela purifie de toute souillure, de tout ce qui est mauvais, mesquin ; cela élève l'homme et le met en accord avec les plus nobles pensées dont il soit capable, et alors il sent clairement tout ce qu'il vaut, ou plutôt tout ce qu'il pourrait valoir.
L'art est une délivrance, il rend les images de la vie pleines de charme. Sa mission est d'en reproduire toutes les nuances, tous les aspects. Poésie lyrique, tragédie, comédie, peinture et musique ; l'action du génie y est plus sensible que partout ailleurs.
La vie est une chasse incessante où, tantôt chasseurs, tantôt chassés, les êtres se disputent les lambeaux d’une horrible curée ; une histoire naturelle de la douleur qui se résume ainsi : vouloir sans motif, toujours souffrir, toujours lutter, puis mourir et ainsi de suite dans les siècles des siècles, jusqu'à ce que notre planète s'écaille en petits morceaux.
Biographie courte : Écrivain, moraliste et philosophe allemand né le 22 février 1788 à Dantzig en Prusse, Arthur Schopenhauer est mort le 21 septembre 1860 à Francfort en Allemagne. Il décède d'une crise cardiaque, à la suite d'une pneumonie, à l'âge de soixante-douze ans, et repose au cimetière principal de Francfort en Allemagne. (