2 - Les pensées et citations célèbres de Denis Diderot :
Tout ce qui est de l'homme dépérit avec l'homme.
Tout ce qui est d'après la fantaisie du peintre, et non d'après la nature, est maniéré.
Dans le moral, il n'y a que Dieu qui doive servir de modèle, et dans les arts, que la nature.
L'homme le plus heureux est celui qui fait le bonheur d'un plus grand nombre d'autres.
Il vaut mieux s'user plutôt que se rouiller.
Mieux vaut être un insolent que d'en avoir la physionomie.
Garde des vices qui te sont utiles, mais n'en aie ni le ton ni les apparences, qui te rendraient ridicule.
Faire sourdement ce qu'on pourrait faire impunément avec éclat, c'est préférer le petit rôle du renard à celui du lion
Mes pensées sont mes catins.
Si tous ceux qui sont plus malheureux que vous faisaient autant de vacarme, on ne s'entendrait pas dans ce monde ; ce serait un sabbat interminable.
Les sentiments que j'avais pour toi sont usés ; j'ai pesé la peine et le plaisir, et le plaisir m'a paru léger.
L'amour contrarié ne voit point d'obstacles, et l'amour heureux compte les moments perdus.
Nous respectons les lois qui ne nous gênent point, et qui gênent les autres.
Il est plus facile d'élever au plus haut degré de puissance une nation barbare que de tirer de la médiocrité une nation policée.
Ôtez à l'homme le bon sens, et vous le réduirez à la qualité d'automate ou d'enfant.
Les erreurs passent, il n'y a que le vrai qui reste.
L'éloquence n'est que l'art d'embellir la logique.
L'homme de bien est celui qui aime tous ses semblables, autant que la raison le permet.
On ne peut s'intéresser qu'à ce qu'on croit vrai.
Il n'y a que les femmes qui sachent aimer, les hommes n'y entendent rien.
Il y a un tact moral qui s'étend à tout et que le méchant n'a point.
Ce qui rend les gens du monde si délicats sur leurs amusements, c'est leur profonde oisiveté.
Ne soyez pas comme des esclaves qui obéissent à leur maître par la vue de la récompense, obéissez sans espérer aucun fruit de vos travaux.
On risque autant à croire trop qu'à croire trop peu.
Dans les discussions qui tiennent au bien général, il serait plus à propos de se taire que de s'exposer, avec les intentions les meilleures, à remplir l'esprit d'autrui d'idées fausses et pernicieuses.
Il est plus fâcheux de tomber dans la pauvreté que d'être né dans la misère.
La reconnaissance est un fardeau, et tout fardeau est fait pour être secoué.
On est stupide par défaut de sentiment, idiot par défaut de connaissances.
Plus il y a d'idiotismes, plus les temps sont malheureux, plus les idiotismes se multiplient.
Vive la philosophie, vive la sagesse de Salomon : boire du bon vin, se gorger de mets délicats, se rouler sur de jolies femmes, se reposer dans des lits bien mollets ; excepté cela, le reste n'est que vanité.
La bonne humeur passe dans l'âme de ceux qui l'approchent.
Le cœur paternel ! Il n'y a que ceux qui ont été pères qui sachent ce que c'est ; c'est un secret heureusement ignoré, même des enfants.
L'amour, c'est ce qui a fait commettre de tout temps aux hommes de grandes actions, de petites et de grandes folies.
Les hommes partiraient presque tous de la même vitesse s'ils suivaient la même impulsion de leur cœur. Il est bien rare que le cœur mente, mais on n'aime pas à l'écouter.
La nature ne nous a pas faits méchants ; c'est la mauvaise éducation, le mauvais exemple, la mauvaise législation qui nous corrompent. Si c'est là une erreur, du moins, je suis bien aise de la trouver au fond de mon cœur, et je serais bien fâché que l'expérience ou la réflexion me détrompât jamais. Que deviendrais-je ? Il faudrait, ou vivre seul, ou se croire sans cesse entouré de méchants ; ni l'un ni l'autre ne me convient.
Voilà l'esprit humain : il poursuit dans la prospérité, il perd de vue le méchant dans l'adversité, et le plaint, quand il n'en a plus rien à redouter. On se fait un mérite, ou de son courage, ou de son humanité. Notre vanité tire parti de tout. Ce n'est pas qu'on ne s'oublie de temps en temps, et qu'on ne s'amuse à battre les gens à terre.
Quand on s'avise de mettre au creuset les actions les plus héroïques des hommes, on ne sait jamais comment elles en sortiront. Tel s'estime beaucoup de ce qu'il a fait, qui en rabattrait beaucoup s'il s'occupait sérieusement à en démêler la raison.
Quelle est la raison pour laquelle des gens généreux, même dissipateurs, qui jettent sans façon un louis par la fenêtre, ne peuvent pas se résoudre à perdre un écu au jeu ? Est-ce vanité, amour-propre blessé de la plus mince de toutes les supériorités ? Je ne le crois pas ; car les mauvais joueurs confessent leur infériorité, et la confessent sans peine, et dans des choses de tout autre importance.
Tournez les yeux autour de vous, et vous verrez que les personnes d'une gaieté continue n'ont ni de grands défauts, ni de grandes qualités ; que communément, les plaisants de profession sont des hommes frivoles, sans aucun principe solide ; et que ceux qui, semblables à certains personnages qui circulent dans nos sociétés, n'ont aucun caractère, excellent à les jouer tous.
Les boudeurs se corrigent eux-mêmes, quand on ne les regarde pas.
Savoir faire des coupables, c'est la seule ressource des hommes atroces pour perdre des gens de bien qui les gênent. Il est donc très important d'être en garde contre cette espèce de méchanceté.
Il n'est pas trop aisé de rompre son caractère et de se faire petit, petit, petit, pour être de niveau avec les autres, leur persuader qu'ils ont autant d'esprit qu'un homme à qui l'on en accorde, et les mettre bien à leur aise.
La loyauté est un titre qui nous recommande à tous les hommes.
Les doutes, en matière de religion, loin d'être des actes d'impiété, doivent être regardés comme de bonnes œuvres, lorsqu'ils sont d'un homme qui reconnaît humblement son ignorance, et qu'ils naissent de la crainte de déplaire à Dieu par l'abus de la raison.
Le philosophe doit se montrer avec le mauvais temps, c'est sa saison.
On réduirait à bien peu de chose les misères de la vie si on les envisageait du côté ridicule ; car la méchanceté est toujours ridicule par quelque endroit ; mais c'est que l'indignation s'en mêle, on est offensé, ou l'on se met à la place de celui qui l'est, et l'on se fâche, au lieu de rire.
Toute amitié dont on peut s'expliquer le motif mérite-t-elle encore ce nom trop souvent profané ? Ce n'est qu'une liaison de convenance, d'intérêt, de goût ; c'est un commerce de services plus ou moins généreux, plus ou moins équitable.
Il est impossible de faire ni le mal ni le bien impunément. On est puni de l'un par les lois ; de l'autre, par l'envie.
On se fait à soi-même quelquefois sa physionomie. Le visage, accoutumé à prendre le caractère de la passion dominante, le garde. Quelquefois aussi on la reçoit de nature, et il faut bien la garder comme on l'a reçue. Il lui a plu de nous faire bons et de nous donner le visage du méchant, ou de nous faire méchants et de nous donner le visage de la bonté.
Le malheur qui dure réconcilie avec tous les hommes, et la perte des charmes d'une belle femme la réconcilie avec toutes les autres.
L'immortalité est une espèce de vie que nous acquérons dans la mémoire des hommes.
Donner de belles raisons. Il serait beaucoup mieux de n'en point donner du tout, ou d'en donner de bonnes.
Publier soi-même une disgrâce est un acte de prudence, cela empêche les autres de vous en faire rougir et l'exagérer.
Le premier degré de devoir ou de justice, c'est la probité ou la piété.
La charité est une bienveillance universelle ; et la bienveillance, une habitude d'aimer.
Si tout ici bas était excellent, il n'y aurait rien d'excellent.
Il n'y a qu'un devoir, c'est d'être heureux ; il n'y a qu'une vertu, c'est la justice.
Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes, tout s'anéantit, tout périt, tout passe.
Parler de son ennemi avec éloge, si c'est pour lui rendre la justice qu'il mérite, c'est bien fait ; si c'est pour l'entretenir dans une fausse sécurité et le perdre plus sûrement, c'est une perfidie.
Il faut penser ; sans quoi l'homme devient malgré son âme un cheval de somme ; il faut aimer : c'est ce qui nous soutient ; car sans aimer, il est triste d'être homme.
L'enfant voit de bonne heure que la politesse le rend agréable aux autres, et il se plie à ses singeries.
On unit les projets d'un être éternel à la durée d'un éphémère.
La différence de l'idiot et l'imbécile consiste en ce qu'on naît idiot, et qu'on devient imbécile.
Un sot sera plus souvent un méchant qu'un homme d'esprit.
La bonne humeur est l'épanouissement de l'âme contente.
Si un voleur vole un autre voleur, le diable s'en rit.
Aimer, c'est se réjouir du bonheur d'un autre, ou faire de sa félicité une partie de la sienne.
Tous les jours on couche avec des femmes qu'on n'aime pas, et l'on ne couche pas avec des femmes qu'on aime.
De tous les rapports, le plus simple, c'est celui d'égalité.
Les passions détruisent plus de préjugés que la philosophie.
L'infidélité est chez la femme comme l'incrédulité chez un prêtre, le dernier terme des forfaitures humaines.
Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander les autres.
On croit conduire le destin, mais c'est toujours lui qui nous mène.
Il ne suffit pas de faire le bien, il faut encore le bien faire.
L'amour ôte l'esprit à ceux qui en ont, et en donne à ceux qui n'en ont pas.
Quand on est indifférent à tout, on n'est rien, ou l'on est une pierre.
Il n'est pas de femme si fidèle qui n'ait cessé de l'être au moins par la pensée.
La modestie est la réflexion d'un cœur honnête qui condamne son ambition.
Une jalousie violente et secrète, c'est un sentiment que l'amitié n'éteint pas toujours.
Il n'y a pas de meilleur rôle auprès des grands que celui de fou.
Il faut savoir saisir l'occasion et le bon moment.
Il n'y a que les grandes passions qui puissent élever l'âme aux grandes choses.
La crainte du ridicule étouffe plus de talents qu'elle ne corrige de vices et de défauts.
La prudence est une supposition dans laquelle l'expérience nous autorise à regarder les circonstances où nous nous trouvons comme causes de certains effets à espérer ou à craindre pour l'avenir.
L'argent des sots est le patrimoine des gens d'esprit.
Il vaut mieux déceler une faiblesse que se laisser soupçonner d'un vice.
Ne soyez point comme des esclaves qui obéissent à leur maître par la vue de la récompense, obéissez sans espérer aucun fruit de vos travaux ; que la crainte du Seigneur soit sur vous.
On est plus difficile en sottise qu'en talent ou en vertu.
Sois hypocrite si tu veux, mais ne parle pas comme l'hypocrite.
Sois avare si tu veux, mais garde-toi de parler comme l'Avare.
Tous les gueux se réconcilient à la gamelle.
C'est la nature qui forme les hommes rares.
Il faut connaître toutes les conditions du problème pour bien sentir le mérite de la solution.
Il n'y a que quelques génies rares pour qui la carrière s'étend à mesure qu'ils y avancent.
À quoi que ce soit que l'homme s'applique, la nature l'y destinait.
Le plaisir est toujours une affaire pour les gens du monde, et jamais un besoin.
Le meilleur procédé qu'on puisse avoir pour sa chère moitié, c'est de faire ce qui lui convient.
La soirée n'est jamais plus belle pour moi que quand je suis content de ma matinée.
Quoi qu'on fasse, on ne peut se déshonorer quand on est riche.
La tête d'une femme parle encore le langage de ses sens lorsqu'ils sont muets.
Il faut être enthousiaste de son métier pour y exceller.
Souffrir le partage de l'autorité, c'est l'avoir perdue.
Quand on ne veut pas être faible, il faut souvent être ingrat.
Il y a des circonstances où le geste est aussi dangereux que le coup.
La haine renfermée est plus dangereuse que la haine ouverte.
On avale à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte.
Nous savons haïr mais nous ne savons pas aimer.
Si l'on vient à reconnaître qu'on a pris un mauvais parti, il n'y a qu'à revenir sur ses pas.
