Un cœur trop bien gardé, de Victor Cherbuliez

Un cœur trop bien gardé.

Recueil : La bête (1887)

Je connais ici-bas un paradis caché
Dont un ange a la garde et qu’un mur emprisonne.
En rêve un pèlerin l'avait longtemps cherché ;
Mais il lut sur la porte : Il n'entre ici personne.

Au mur, à l'ange, au vent, il comptait ses douleurs :
« Ouvre- toi, porte sourde et qu'en vain je supplie !
O doux jardin fermé, qui cueillera vos fleurs ?
O fontaine scellée, où boira ma folie ? »

L'ange avait des pitiés de femme. Il s'attendrit,
Et le pèlerin vit sa peine consolée.
À son désir enfin le doux jardin s'ouvrit,
Et sa folie a bu dans la source scellée.


Victor Cherbuliez
(1829-1899)