2 - Les pensées et citations célèbres de Marie du Deffand :
J'ai quelquefois des instants de gaieté, mais ce sont des éclairs qui ne dissipent ni l'obscurité ni les nuages.
Je n'ai pas le projet de n'être heureuse que par telles ou telles choses ; je laisse toutes les portes de mon âme ouvertes pour y recevoir le plaisir ; je désirerais barricader celle par où entre le regret, l'ennui et la tristesse ; mais mon âme est une chambre dont le destin ou le sort ne m'ont pas laissé la clef.
Je ne saurais parler de ce qui ne m'intéresse pas, puis vous n'y gagneriez rien.
On vante en ce monde la simplicité et le naturel, et on hait ceux qui le sont.
Je ne suis plus faite pour ce monde-ci ; je ne sais pas s'il y en a un autre ; on ne peut plus être en paix ni avec les autres ni avec soi-même ; on mécontente tout le monde : les uns, parce qu'ils croient qu'on ne les estime ni ne les aime pas assez, les autres par la raison contraire ; il faudrait se faire en ce monde des sentiments à la guise de chacun, ou du moins les feindre, et c'est ce dont je ne suis pas capable.
On doit éviter de faire le malheur des gens, surtout de ceux qui nous estiment et qui nous aiment.
Il y a bien des choses que je méprise, et que la crainte de l'ennui me rend nécessaires. C'est un terrible malheur que d'être née sujette à l'ennui. Il y a longtemps que j'ai senti que, pour supporter le malheur d'être née, il faudrait partager les vingt-quatre heures en en donnant vingt-deux au sommeil et deux autres à manger.
On ne doit plus dans la vieillesse prétendre a aucun applaudissement. Il faut consentir à l'oubli, et le consentement qu'on y donne de bonne grâce, peut du moins mettre à l'abri du mépris.
La vérité est une chose si charmante qu'elle ne cesse point de plaire quand bien même elle offense.
Bien souvent, on croit savoir ce qui se passe, et en voulant s'en rendre compte par soi-même, on trouve que l'on ne sait strictement rien ; ce qu'on a su la veille est détruit par tout ce qu'on apprend le lendemain.
On dit qu'il faut juger des autres par soi-même, et moi je dis qu'il n'y a point de règle qui n'ait son exception ; on courrait souvent le risque d'être fort indiscret et fort importun, si l'on en usait avec les autres comme on serait bien aise qu'ils en usassent avec nous.
Paille en l'œil de son voisin choque plus que poutre au sien.
On serait bien heureux si on pouvait s'abandonner soi-même comme on peut abandonner les autres.
On ne sait guère que le lendemain ce qu'on aurait dû dire et faire la veille.
Il ne faut jamais baisser les bras, le succès vient avec la ténacité, et la persévérance.
Je ne suis point assez heureuse pour pouvoir me passer des choses dont je ne me soucie pas.
Il y a telles espérances, fussent-elles vaines, qu'on préfère à des réalités, quelques agréables qu'elles puissent être.
Un homme qui plaît par ses propres défauts, on serait bien fâché qu'il fût plus parfait.
Le langage de la passion est la sublime et véritable éloquence.
Il y a des esprits marchands qui se moquent et qui méprisent tout ce qui n'a pas l'intérêt pour but.
C'est être en mauvaise compagnie que de se trouver livré à soi-même quand on ne sait ni s'occuper ni prendre plaisir à la lecture.
Il faut parfois savoir mettre son amour-propre sous ses pieds et confesser la vérité, dût-elle nous humilier.
Quand vous n'avez rien d'intéressant à dire, ne dites rien, c'est tellement plus agréable.
On dit des gens qui ont trop de vivacité qu'ils ont eu le four trop chaud ; on pourrait dire le contraire concernant certaines personnes, qu'il leur manque des degrés de cuisson.
La paresse, la douce paresse, la sainte paresse m'endort et m'enchaîne.
Il n'y a de bonne recette pour trouver le bonheur que de prendre le temps comme il vient, les gens comme ils sont, et d'être bien avec soi-même.
Il y a bien peu de gens qui ne disent pas tout ce qu'on doit dire, et dont on ne sache pas par conséquent, avant qu'ils aient parlé, tout ce qu'ils diront. Je ne sais pas si c'est un bonheur d'avoir rencontré des personnes qui ne sont pas semblables à ces gens-là ; mais je sais bien que ces personnes dégoûtent bien de ces gens-là.
Le fanatisme dans tous les genres fait dire et faire bien des absurdités.
La discrétion est à l'âme ce que la pudeur est au corps. L'excessive franchise est une nudité.
L'ennui est le tombeau de tous les sentiments.
Il ne peut y avoir de liaisons solides qu'entre les gens raisonnables.
La pauvreté est un malheur insupportable par l'excessif ennui qui en est inséparable.
Se supporter soi-même est le plus difficile, surtout pour ceux qui ne sont que des poules mouillées.
Les choses qui ne peuvent nous être connues ne nous sont pas nécessaires.
Il n'y a pour toute entreprise que le premier pas qui coûte.
L'indépendance financière est un trésor, l'étude et le travail en sont la clé.
Il n'y a pas de mensonges plus nuisibles que ceux que nous nous faisons à nous-mêmes.
Ce qui est doux dans la vie, c'est de retrouver chez un ami, toutes les pensées de son âme.
On plaît souvent en parlant peu ; on plaît rarement en parlant trop.
Ceux qui ont d'urgentes choses à faire, doivent fuir ceux qui n'ont rien à dire.
La volonté et la réflexion, nous permettent de gravir, bien souvent, les plus hautes montagnes.
J'aime l'ordre, j'aime la raison, et si je m'en écarte quelquefois, ce n'est pas sans remords.
Rien n'est si embarrassant que de répondre à une jolie et charmante lettre ; il en coûte beaucoup à l'amour-propre, surtout quand, dans cette lettre, on y trouve des flatteries que l'on ne mérite point, et qui, malgré qu'on en ait, donneraient l'envie de les mériter.
Les sots, par leurs consolations maladroites, élargissent les blessures du cœur.
Il y a tant d'injustice, de supercherie et de violence dans ce monde, qu'il faut, quand on n'a pas la force et le pouvoir de les combattre et s'y opposer, plier les épaules hélas, et se taire.
L'oisiveté étouffe les talents, et de plus, engendre la nécessité.
Les amis de la table disparaissent après le dessert.
La complaisance est une monnaie avec laquelle les moins riches peuvent payer leur écot.
Entreprendre de consoler qui veut être inconsolable, c'est lui disputer la seule consolation qui lui reste.
Plus stupide qu'un sot, deux sots qui se vantent de leur sottise.
Ne faites point d'aveux contre vous, l'envie les enregistre en notant votre indiscrète modestie.
Les femmes ne sont jamais plus fortes que lorsqu'elles s'arment de leur faiblesse.
Les femmes se méprennent souvent, parce qu'elles mettent l'imagination et le sentiment à la place de l'examen et du jugement.
Les femmes ont trop d'imagination et de sensibilité pour avoir beaucoup de logique.
L'homme se blase en vieillissant ; il croit que tout dégénère, tout perd son charme, parce qu'il perd la faculté de jouir.
Les hommes sont aussi jaloux sur le chapitre de l'esprit que les femmes le sont sur celui de la beauté.
Il importe, en amour, que les premières impressions viennent des beautés morales ; celles que produisent les beautés physiques s'effacent trop promptement.
L'amour est une passion qui nous rend fou à vingt ans, et qui se calme à cinquante ans.
La solitude me pèse, surtout lorsque je suis seule !
La vanité est, après la faim, ce qui anime le plus les hommes.
Pratiquer l'amitié sans la sentir cela vaut mieux que rien.
Les louanges et les flatteries ne font pas oublier les torts.
La vanité de sa nature est calomniatrice, elle déprécie pour se donner du relief.
Le langage le plus parfait est celui qui exprime le plus de choses avec le moins de signes.
Nous sommes tels que la nature nous a faits ; on peut, peut-être (et c'est un peut-être), régler sa conduite, mais non pas changer ses sentiments ni son caractère.
Il n'y a de différence que de la vérité au compliment.
Oh ! les justes doivent être bien plus heureux que les pécheurs pénitents.
Monsieur Voltaire, amant déclaré de la vérité, dites-moi de bonne foi, l'avez-vous trouvée ?
Qu'est-ce que la foi ? C'est de croire fermement ce que l'on ne comprend pas.
Soyez philosophe jusqu'au point de ne vous pas soucier de le paraître.
La crainte est le commencement de la sagesse.
Qui est seul avec lui-même est en bonne compagnie.
Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse.
Tout ce que nous ne pouvons comprendre ne nous est pas nécessaire à savoir.
La vanité ruine plus de femmes que l'amour.
Sans le sentiment l'esprit n'est rien qu'une vapeur.
Qui veut toujours juger des autres par soi-même a tort.
Le plus grand des plaisirs est celui de la conversation.
Si mon amant me quittait, j'en prendrais un autre !
La modestie est au succès ce que la pudeur est à la beauté.
L'amitié peut dire des choses mille fois plus tendres que tous les romans du monde.
Les sots parlent beaucoup du passé, les sages du présent, et les fous de l'avenir.
L'ennui est un mal dont on ne peut se délivrer, c'est une maladie de l'âme.
Les provinciaux ont l'esprit lourd et grossier, mais les Parisiens l'ont fin et délicat.
