Marie de Flavigny, comtesse d'Agoult (2)

Les citations célèbres de Marie d'Agoult :

L'esprit d'une femme, c'est l'esprit le moins chargé de bagage inutile.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
La femme aime et respecte dans son époux le père de son enfant. Le père retrouve avec attendrissement, dans les traits de son fils, l'image de la femme qu'il aime. Nuance insaisissable au premier abord, mais dont la diversité concourt à l'harmonie de l'union conjugale.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Il ne faut pas croire que la différence des sexes soit purement du domaine de la physiologie ; l'intelligence et le cœur aussi ont un sexe. À mesure qu'une culture plus parfaite aura développé l'homme et la femme, chacun selon son génie propre, l'attrait naturel des âmes sera plus sensible et formera des unions morales plus fécondes en vertus.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Dieu créa l'homme mâle et femelle, disent les Écritures. Identité de nature, diversité de mode d'existence ; but pareil, moyens différents. Dualité dans l'unité, c'est le mystère et le charme de la destinée humaine.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Le sentiment le plus parfait, le plus doux à l'âme, dans sa plénitude tranquille, c'est l'amitié qui succède à l'amour entre un homme et une femme qui n'ont à rougir ni de s'être aimés passionnément, ni d'avoir cessé de s'aimer avec l'ardeur première de la jeunesse.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Les habiles disent, le vulgaire répète.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Un des signes les plus frappants du malaise dont souffre la société, c'est qu'on ne voit plus briller qu'un instant sur les visages le pur éclat de la jeunesse. Bien avant l'âge les fronts se plissent, les tempes se dénudent, les joues se creusent. D'où vient cela ? Hélas ! c'est que chacun se fatigue à se fuir soi-même et cherche, dans l'ivresse des sens ou dans l'ivresse de la pensée, l'oubli d'un temps qui a tant promis et si peu donné.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Dogme chrétien, philosophie éclectique, science athée. Pauvre société tiraillée en tous sens ! Que je te plains, pauvre écartelée !
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Athènes, c'est la jeune mère, au sein fécond, dont le lait pur, abondant et doux, a nourri notre enfance. Jérusalem, c'est la femme étrangère, prévoyante, expérimentée, qui, pour nous rendre forts, vient sevrer nos instincts et frotter d'un fiel amer le sein trop longtemps cherché de notre belle nourrice.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
À peine croit-on avoir fini d'apprendre à vivre qu'il faut commencer d'apprendre à mourir. Point de repos, point de jour férié, dans cette rude école : la destinée humaine.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Si les hommes se rendent mutuellement la vie si amère dans notre civilisation compliquée, c'est bien moins par méchanceté innée, comme le pensent plusieurs, que par une sollicitude inintelligente qui veut pour autrui ce qu'elle aurait voulu pour soi. Tel père ambitieux croit, de la meilleure foi du monde, assurer le bonheur de son fils, timide et rêveur, en le poussant dans une carrière brillante, ingénieur, politicien, ou à l'armée. Tel autre, au contraire, ayant oublié sa jeunesse, retient au foyer les ardentes curiosités de son enfant et lui impose une félicité domestique pour laquelle celui-ci ne se sent nul attrait. Un notaire imagine faire merveille en assurant à son fils, né artiste, la survivance de sa charge. Tous, nous sommes si épris de nous-mêmes que nous voulons nous continuer, nous reproduire identiquement dans ceux qui nous survivent. Il en résulte que presque toutes les vocations sont refoulées, toutes les destinées faussées. Que ne regardons-nous la nature ? Elle nous montre les harmonies infinies produites par l'infinie diversité. Apprenons d'elle à aimer tous les modes, toutes les formes de l'existence. Respectons, protégeons les individualités. Cet ordre que nous poursuivons dans la similitude n'est qu'une monstruosité contraire aux vues providentielles. De stériles et inguérissables souffrances sont le châtiment mérité d'une si aveugle sagesse.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Quand nous avons fait une éducation que nous jugeons accomplie, nous oublions une chose : de rendre grâces à ces éducateurs muets qui ont élevé notre enfant avec nous : le printemps et ses brises embaumées, le vent d'hiver, ses neiges et ses frimas, l'été brûlant et le mélancolique automne : les caresses et les rigueurs, les colères et les sourires de l'Alma parens.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
On inflige sans s'en douter à l'enfant qu'on élève dans la famille un odieux supplice : celui de vivre perpétuellement avec des êtres d'un autre âge. La nature veut que l'homme vive en société de ses contemporains. Quelle tristesse n'envahirait pas notre âme si nous étions condamnés à la compagnie exclusive de vieillards voisins de la caducité ! L'enfant souffre, par notre continuelle présence, des peines analogues.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Si vous voulez supprimer les bagnes, c'est très philanthropique ; mais, de grâce, étendez le bienfait, et supprimez ces travaux forcés auxquels vous condamnez l'enfance.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Cette méconnaissance des lois naturelles qui nous cause d'incalculables souffrances durant tout le cours de notre vie, nous la suçons, pour ainsi dire, avec le lait de nos nourrices, et nos systèmes d'éducation prennent à tâche de la perpétuer. Quel contre-sens n'est-ce pas, en effet, de retenir l'enfant comme nous le faisons, au sein des villes, dans un milieu où tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend, et jusqu'à l'air qu'il respire, est factice ! Quelle cruauté d'astreindre ces êtres où la vie surabonde, ces imaginations vives et mobiles, à une existence sédentaire, monotone, à une science morte qu'ils prennent en haine ou en dégoût ! Leur santé s'altère, leur esprit se rebute, leur corps et leur âme s'étiolent ; et quand l'éducation sociale s'achève, l'harmonie naturelle est à jamais détruite. S'il arrive un jour qu'une organisation exquise en retrouve le sentiment, ce n'est plus qu'en un regret tardif, douloureux, inutile.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Penser et vouloir, c'est là tout l'homme. Que faites-vous en interdisant pendant dix années au moins à l'enfant toute pensée, toute volonté propre ? Vous le déshabituez de vivre.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Inciter à librement vouloir ce qu'il est nécessaire, juste ou utile qu'on fasse, c'est tout le secret d'une éducation rationnelle.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Tout votre orgueil se fonde sur la liberté qui paraît en caractères irréfragables dans la race humaine, et pourtant, dans vos systèmes d'éducation, la chose à laquelle vous songez le moins, ou plutôt que vous combattez à outrance, c'est la faculté de librement penser et vouloir. Vous ne cultivez que deux facultés serviles de l'homme : la mémoire et l'obéissance. Un élève accompli, selon votre pédagogie, est celui dont le cerveau retient tout ce que l'on y met, et dont le caractère subit tout ce qu'on lui impose. Aussi, malgré les constitutions et les codes, qui proclament nos libertés politiques et civiles, sommes-nous en réalité un peuple serf, humblement discipliné à croire la parole écrite, à nous incliner devant l'autorité établie. Observer, penser, vouloir, être enfin par nous-mêmes, en vertu de notre propre force, voilà ce que nous n'apprenons point, ou ce que nous apprenons trop tard.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Un médecin célèbre me dit un jour, en parlant sans vergogne le langage de sa profession : « Je vois que dans la plupart des cas on bat les enfants qu'il faudrait seulement purger. » Je voudrais que ces mots devinssent l'épigraphe d'un traité d'hygiène pédagogique.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
La nature a si manifestement voulu le développement des forces physiques avant le développement des forces mentales, qu'une éducation naturelle, dans la plus parfaite acception du mot, ne serait, pendant les dix ou douze premières années de la vie, qu'une hygiène pédagogique.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
L'homme s'occupe avec intelligence et amour du perfectionnement des espèces inférieures, mais il semble qu'une sorte de spiritualisme aveugle et outré lui défende de songer à l'amélioration de sa propre espèce. Et pourtant, plus il traite son âme en souveraine, plus il doit vouloir qu'elle habite un lieu splendide. Le corps humain est bien loin de répondre à l'idée qu'on se fait d'une résidence royale.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Il faut, pour qu'une société parvienne à toute la perfection dont elle est capable, que l'éducation y soit universelle. Il faut qu'un vaste système, prenant pour point de départ l'égalité, porte, par une sorte d'élection perpétuelle, les intelligences d'élite aux premiers rangs, et distribue aux autres, à chacune selon la culture dont elle s'est montrée susceptible, une part proportionnée du grand travail national.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
L'État ne songe qu'à former des sujets. La famille est inhabile à préparer des citoyens. L'un et l'autre n'ont encore aucun plan sérieux d'éducation pour la femme, c'est-à-dire pour toute une moitié de l'espèce humaine.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
La science, d'accord avec l'expérience, nous montre l'homme indéfiniment modifiable, susceptible de grands perfectionnements et de profonde dégénérescence. Il en résulte, pour la famille et pour la société, un devoir impérieux qui est en même temps un intérêt suprême : le devoir de l'éducation. On peut définir l'éducation : le développement le plus harmonieux possible de la vie commune à l'espèce, et de cette énergie particulière qui constitue l'individu. Une éducation rationnelle ne perd point de vue ce double but. Elle tend tout à la fois à développer dans l'homme ce qui le rend semblable à tous les hommes, et ce qui l'en différencie. Suivant les indications de la nature, elle cultive l'espèce et soigne l'individu. Elle cherche l'unité dans la variété, et la liberté dans l'harmonie. C'est pour avoir exclusivement considéré l'individu ou l'espèce, et pour s'être ainsi éloignés de la nature où tous les phénomènes sont à la fois individuels et relatifs, que les systèmes d'éducation essayés jusqu'à nos jours n'ont aidé que très-imparfaitement, et souvent même ont entravé le cours régulier du génie humain.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
La foi n'est bien souvent qu'une illusion du cœur, plus souvent encore une révolte de l'imagination contre la raison. « Taisez-vous, raison superbe! » s'écrie Bossuet, et s'écrieront avec lui tous les hommes fermement résolus à embrasser les croyances surnaturelles dans leur rigueur. Espérer est plus humain. L'espérance qui n'est, après tout, qu'une foi mêlée d'un peu de doute, ainsi qu'il convient à une créature finie, loin de combattre la raison, en est pour ainsi dire le couronnement. La raison, qui défend de croire aveuglément, conseille d'espérer; et cela suffit bien à une vie où rien n'est absolu, pas même la douleur.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Quand un esprit vigoureux est assailli par le doute, il le saisit, le terrasse, le charge sur ses épaules, et continue de marcher en le portant avec lui.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
De toutes les douleurs qui torturent l'âme humaine, il n'en est guère de plus cruelle que le doute. L'Homme-Dieu le savait bien, aussi l'a-t-il réservée pour son heure suprême. Mon père, mon père, pourquoi m'avez-vous abandonné ? C'est le dernier cri de son humanité mourante, c'est la convulsion dernière de sa divine agonie.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Il est souvent fort peu raisonnable d'avoir trop tôt ou trop complétement raison.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Il y a une certaine façon de dire les choses qui n'est pas précisément la correction grammaticale, qui n'est pas non plus l'art proprement dit, mais qui tient de l'une et de l'autre. C'est un je ne sais quoi qu'on ne peut ni définir ni enseigner, qui se prend, sans qu'on s'en doute, dans le commerce intime des grands écrivains ; c'est ce qu'on pourrait appeler le bon air de la littérature.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Un esprit aimable est celui qui n'est affirmatif que dans la mesure strictement nécessaire.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Le nombre est presque infini des gens qui passent leur vie entière à échanger avec leurs proches, leurs amis et leurs connaissances, des propositions incontestables, telles que celles-ci : Il fait beau ; il pleut ; les enfants sont tapageurs ; il est malsain de s'exposer à l'air humide, etc. Ces personnes semblent même trouver dans ce commerce de paroles insipides une satisfaction véritable. Ô banalité ! déesse clémente aux esprits stériles, à quel culte n'aurais-tu pas droit si l'ingratitude des hommes n'égalait leur indigence !
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Combien l'on retrancherait de paroles de la circulation intellectuelle, si l'on n'en disait que de nécessaires, d'utiles, ou seulement d'agréables ! La plupart des propos ne sont que oiseux. La dignité de l'esprit en souffre. Mais qui d'entre nous songe que l'esprit a sa dignité comme le caractère ?
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Il est fatigant de vivre avec les petits esprits. Comme ils sont incapables d'embrasser l'ensemble des choses, ils ne sauraient donner à aucune sa proportion exacte. Ils chargent les plus minces événements d'un tel amas de commentaires, de considérations, de doléances et de conjectures, qu'on demeure empêché, haletant, et comme étouffé avec eux sous ce lourd bagage de ratiocinations superflues.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Pour peu que l'on y prête quelque attention, l'on reconnaît aisément une sorte d'attrait entre les esprits qui ressemble beaucoup à l'amour d'un sexe pour l'autre. Les esprits virils recherchent avec prédilection le commerce des intelligences féminines, et de ces unions naissent les grandes pensées.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Deux grandes catégories d'esprits incompatibles : ceux que pressent les nobles curiosités ; ceux qui s'amusent aux curiosités vulgaires. Les uns veulent connaître le système sidéral et les mystères de l'âme ; ils interrogent Newton, Leibnitz ou Spinoza. Les autres se demandent comment il se peut faire que le voisin soutienne de si grosses dépenses ou que la voisine n'ait point encore marié sa fille. Ils questionnent les portiers et les femmes de chambre. La plus aisément satisfaite de ces deux catégories ne me semble pas néanmoins la plus enviable.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
L'immense majorité des esprits est parasite. Combien peu d'intelligences tirent leur aliment de la substance même des choses et pompent librement, pour ainsi parler, les sucs primitifs ! Les autres s'attachent où elles peuvent et comme elles peuvent aux racines, aux tiges, aux rameaux, aux feuilles des premières, pour végéter à leurs dépens. Et, chose humiliante pour l'espèce humaine, inconnue aux règnes inférieurs, il se rencontre encore, en quantité assez considérable, des parasites de parasites.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
L'observation a constaté l'existence d'un certain nombre d'animalcules qui naissent après le lever du soleil et meurent avant son déclin. Bien des esprits leur sont semblables, et, prenant les idées à leur milieu, ne soupçonnent jamais ni l'origine, ni la fin des choses.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Avez-vous parfois contemplé dans nos serres cette plante étrange, de la famille des euphorbiacées, à laquelle les botanistes donnent le nom d'Euphorbia splendens ? Votre œil ne l'a-t-il pas admirée entre toutes, frappé qu'il était par le contraste de ses rameaux épineux, rugueux et comme desséchés déjà par la mort, avec l'épanouissement vraiment splendide de sa corolle écarlate ? Ne vous êtes-vous pas rappelé certaines œuvres du génie, qui paraissent d'autant plus merveilleuses qu'elles sortent plus tardives d'un esprit plus assombri, et qu'elles fleurissent tout à coup, à l'âge désenchanté où le vulgaire ne connaît plus que stérilité, rudesse, humeur fâcheuse et chagrine ?
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
Le talent dispose, combine, ordonne ; il est réfléchi, il peut être audacieux, enfreindre avec succès certaines règles; il a un bon ou un mauvais goût ; il est traditionnel ou original, selon une mesure appréciable. Le génie invente ; il est spontané ; il ne sait ce que c'est que bon ou mauvais goût, ni que tradition. Ses inspirations seront le goût des générations qui viendront après lui ; le bon goût sera de lui être semblable. Il ne saurait être audacieux parce qu'il est supérieur aux règles ; il n'en connaît point d'autres que de rester lui-même. On ne lui demande pas plus qu'à Dieu s'il n'aurait pas dû faire autrement son œuvre.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)
L'homme de génie, c'est celui qui se sent la force et auquel les autres reconnaissent le droit d'être complétement lui-même.
Marie d'Agoult ; Les esquisses morales (1849)