Recueil de poésie et de citations ainsi que des proverbes.

La poésie française sur la vie.

La poésie française sur la vie

La vie, c'est un sablier qui coule.

La vie est trop courte pour haïr, pour maudire et pour châtier. Dépêchons-nous d'aimer, de consoler et de faire du bien, car demain nous ne serons plus de ce monde. (Henri-Frédéric Amiel)

Les poèmes et sonnets sur la vie :

La vie profonde.

Recueil : Le cœur innombrable (1901)
Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son cœur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
— S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...

Anna de Noailles (1876-1933)

Le dernier espoir.

Recueil : Le livre posthume (1911)
Il est un arbre au cimetière
Poussant en pleine liberté,
Non planté par un deuil dicté, -
Qui flotte au long d'une humble pierre.

Sur cet arbre, été comme hiver,
Un oiseau vient qui chante clair
Sa chanson tristement fidèle.
Cet arbre et cet oiseau c'est nous :

Toi le souvenir, moi l'absence
Que le temps-qui passe-recense...
Ah, vivre encore à tes genoux !

Ah, vivre encore ! Mais quoi, ma belle,
Le néant est mon froid vainqueur...
Du moins, dis, je vis dans ton cœur ?

Paul Verlaine (1844-1896)

La vieillesse commençante.

Recueil : Haillons, Posthume (1921)
C'est en vain aujourd'hui que le songe me leurre.
Me voici face à face inexorablement
Avec l'inévitable et terrible moment :
Affrontant le miroir trop vrai, mon âme pleure.

Tous les remèdes vains exaspèrent mon mal,
Car nul ne me rendra la jeunesse ravie...
J'ai trop porté le poids accablant de la vie
Et sanglote aujourd'hui mon désespoir final.

Hier, que m'importaient la lutte et l'effort rude !
Mais aujourd'hui l'angoisse a fait taire ma voix.
Je sens mourir en moi mon âme d'autrefois,
Et c'est la sombre horreur de la décrépitude !

Renée Vivien (1877-1909)

Le poids de la vie.

Recueil : Les couleuvres (1869)
J'ai vécu, j'ai vieilli. De l'humaine misère
J'ai porté le fardeau tous les jours. Il est grand !
Sans en excepter un, j'ai refait en pleurant
Tous les chemins heureux que j'avais sur la terre.

Je sais ce qu'ici-bas le ciel donne et reprend :
Deuil d'ami, deuil d'époux, deuil de fils, deuil de père,
Et deuil public encor ! J'ai bu cette heure amère.
J'ai tenu dans mes bras Valdegamas mourant.

J'ai vu l'esprit de l'homme au mal vouer son culte ;
Sur mon drapeau sacré j'ai vu monter l'insulte ;
Chez des amis vivants Je me suis vu mourir.

Et parmi ces douleurs, humiliant mon âme,
Satan m'a fait sentir son ironie infâme ... !
Ô mort ! comme parfois tu tardes à venir !

Louis Veuillot (1813-1883)

Si ma vie était encore à faire.

Recueil : Bonheur (1891)
Je voudrais, si ma vie était encore à faire,
Qu'une femme très calme habitât avec moi,
Plus jeune de dix ans, qui portâmet sans émoi
La moitié d'une vie au fond plutôt sévère.

Notre coeur à tous deux, dans ce châmeteau de verre,
Notre regard commun, franchise et bonne foi,
Un et double, dirait comme en soi-même : Voi !
Et répondrait comme à soi-même : Persévère !

Elle se tiendrait à sa place, mienne aussi,
Nous serions en ceci le couple réussi
Que l'inégalité, parbleu ! des caractères

Ne saurait empêcher l'équilibre qu'il faut,
Ce point étant compris d'esprits en somme austères
Qu'au fond et qu'en tout cas l'indulgence prévaut.

Paul Verlaine (1786-1859)

La vie humble.

Recueil : Sagesse (1880)
La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles
Est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour.
Rester gai quand le jour, triste, succède au jour,
Etre fort, et s'user en circonstances viles,

N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes
Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour,
Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour
L'accomplissement vil de tâmeches puériles,

Dormir chez les pêcheurs étant un pénitent,
N'aimer que le silence et converser pourtant,
Le temps si grand dans la patience si grande,

Le scrupule naïf aux repentirs têtus,
Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus !
— Fi, dit l'Ange Gardien, de l'orgueil qui marchande !

Paul Verlaine (1786-1859)

Rêver et vivre.

Recueil : La part du rêve (1863)
Se prêter à la vie, est-ce là vraiment vivre ? —
D'un regard détaché tout voir sans rien saisir ;
Comme un tableau charmant admiré sans désir,
Contempler tous les biens dont le monde s'enivre,
Et ne rien demander, pas même le plaisir,
C'est rêver, - Or, la vie est semblable à la femme.
Pour qu'elle nous sourie il faut la courtiser ;
Il faut l'aimer de cœur pour qu'elle ouvre son âme,
Et pour la bien connaître il la faut épouser.

Henri-Frédéric Amiel (1821-1881)

Qu'est-ce que la vie ?

Recueil : Les poésies intimes (1872)
Qu'est-ce donc que la vie ? — Un sablier qui coule,
Un brouillard que boit le matin,
Un songe séduisant qui pour un rien s'écroule ?
Sa durée ? — Un moment bien vain.

Le bonheur ? — Une bulle éclatant sur la source ;
L'espérance ? — Un souffle souvent,
Qui défeuille la fleur et se meurt dans sa course ;
Un tissu d'araignée au vent.

Qu'est-ce aussi que la mort et sa cause introuvée ? —
Quel est ce sort mystérieux ?,
Un doux sommeil peut-être, où notre âme éprouvée
Ouvre son aile pour les deux !

Et la paix ? En quel lieu la trouver sur la terre ? —
Nulle part ! Elle n'est qu'au ciel,
Et dans la tombe, hélas ! la demeure dernière
Où le repos est éternel !

Donc, qu'est-ce que la vie ? Est-elle désirable
Quand on voit la réalité ?,
Lorsque tout à nos yeux d'un monde misérable
Nous démontre la vanité !

C'est l'épreuve à subir par un divin mystère,
Afin que tous nous sachions mieux,
Qu'il n'est pas de bonheur refusé sur la terre
Que l'on ne trouve dans les deux !

Eugène Goubert (1817-1892)

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